Traversée des Alpes par le GR5

J’avais décidé de réaliser ce projet  de relier le Léman à la Méditerranée en 10 jours. Un défi sportif et personnel, en solitaire et en autonomie.
Le parcours de la GTA emprunte le chemin de grande randonnée GR5, traversant les Alpes du sud au nord, parcourant les régions du Chablais, Mont-Blanc, Beaufortain, Vanoise, Briançonnais, Queyras, Ubaye, Mercantour et Vésubie.
Un voyage à pied, alternant course et marche rapide durant environ 600km et 30.000 m de dénivelé positif. Un magnifique voyage me faisant traverser une variété de paysages, de climats, de faune et flore, de vie et traces humaines.
Il est clair que préparer un balade de ce genre, ça occupe l’esprit tous les jours, et cette phase de préparation est importante et passionnante. Aussi, voici quelques infos concernant ma préparation et le matériel emporté pour ma GTA en autonomie complète, en solo, entre Saint-Gingolph et Nice soit 600km et 30000mD+.

C’est vrai que 10 jours est un peu juste, surtout si on veut profiter un peu des régions traversées. Mais c’était un défi personnel que j’ai voulu faire comme une course. J’avais décidé de vivre cette aventure seul, c’est différent qu’avec des pottes, et ça complique encore un peu les choses. Il faut garder en mémoire que sur un parcours de montagne comme le GR5 et a forciori sur des distances quotodiennes de plus de 50km, il est difficile de courir plus de la moitié du temps. Le reste c’est de la marche rapide, la moyenne n’est pas très élevée.

Je partais tôt le matin et cravachais toute la journée afin d’arriver au refuge pas trop tard. J’avais un équipement minimum afin de porter le moins de poids possible (voir plus bas). Je n’avais rien de plus que ce que j’emmène pour les UTMB ou GRP, sauf 1 slip et une paire de chaussettes de rechange 😉
Les 2 points à bien réfléchir : porter juste ce qui est nécessaire et déterminer les refuges d’étapes pour manger et dormir correctement, tout en respectant la distance et le dénivelé compatible avec son niveau physique (et mental, car en ultra c’est super important).
Bien sur, il faut être entraîné en fonction du nombre de km / jour. Je faisais environ entre 55 et 60 km par jour, avec le dénivelé (3000mD+) c’est beaucoup. J’ai l’habitude de faire des ultra-trail mais ce n’est pas forcément suffisant, il faut également s’entraîner à enchaîner des étapes longues en montagne, rando/course. Faire 2 ou 3 week-end chocs en montagne 1 à 2 mois avant, ça fait du bien.
Le gros avantage du GR5 est que c’est un parcours entièrement balisé, pas besoin de trop réfléchir, pas besoin de GPS, il suffit d’avoir une carte et de suivre les balises blanches et rouges. Les seuls endroits ou il faut être très vigilant, c’est dans les traversées de village, où les balises sont souvent cachées ou effacées. C’est là qu’on se perd!
 
J’ai donc découpé le parcours en 10 étapes, en trouvant un refuge ou un gîte pour chaque étape, si possible dans un endroit sympa en montagne plutôt qu’en fond de vallée.
J’ai préparé et tracé mon parcours sur le site http://www.openrunner.com/
Mais attention, tu peux ajouter facilement 10% de la distance par rapport à ce que donne openrunner car en dessinant sur une carte, on est moins précis que la réalité, on coupe des virages, etc…
Sur le GR5 il n’y a pas trop de problème pour trouver des refuges sauf dans quelques régions (Mercantour par exemple).
J’avais pris tous les contacts (téléphones) des gîtes avec moi au cas ou je devais changer mon tableau de marche mais c’est arrivé uniquement lors de l’avant dernière étape qui était réellement trop longue.
3 semaines avant le départ, j’avais contacté chacun des refuges d’étape pour les prévenir de ma venue et réserver si possible. En plus, chaque soir, je téléphonais au refuge suivant pour confirmer mon arrivée. Il est important d’arriver avant 19h dans les refuges car c’est l’heure du repas et après c’est soupe à la grimace…
Je n’ai pas rencontrer de problèmes de place dans les refuges. J’étais même tout seul parfois. Tout dépend de la période. Avant le 14 juillet c’est calme. Du 14 juillet au 15 août, tu peux rencontrer du monde voire beaucoup de monde dans les refuges surtout dans les zones très fréquentées comme la Vanoise par exemple. Si le temps est pluvieux, il n’y a personne sur les chemins, donc pas de problèmes de dispo.
L’avantage de dormir en refuge (ou gîte) est que tu bénéficies d’un vrai repas le soir, d’un lit, d’une douche parfois. A chaque gardien de refuge, je demandais à ce qu’il me prépare un sandwich pour le lendemain midi. Après un petit-dej au refuge, j’étais donc autonome jusqu’au soir. Avec cette formule, il faut compter un budget entre 45 et 55 euros selon les bières que tu bois. Le plus cher étant le repas du soir, mais c’est indispensable de bien manger au moins une fois par jour. Je te conseille d’apporter de l’argent liquide car les cartes de crédit sont rarement acceptées.
Concernant le matos, voilà ce que j’avais avec moi :
Sur moi:
baskets trail
1 paire chaussettes
1 cuissard
1 Tshirt
1 paire bâtons
1 paire mitaines
lunettes soleil
1 casquette
1 montre altimètre
Dans le sac à dos (Salomon 25l avec poche ventrale):
2 bidons 1.5l
1 buff (+pratique et + léger qu’un bonnet)
gants en soie
1 veste étanche et respirante
Poncho (pour grosse pluie et se mettre à l’abri)
couverture de survie
crème solaire
Nok (chaque soir sous les pieds, très important)
Strap
Désinfectant, pansements
1 Tshirt
1 maillot manche longue
1 caleçon long
1 paire chaussettes
1 slip
Sac à viande
Frontale + piles
1 savon, 1 brosse à dent, 1 dentifrice, 1 mini linge
quelques feuilles PQ
Carte identité, chèque, liquide, carte bleue
Portable + chargeur, appareil photo
1 couteau suisse
ficelle
épingles
boussole
sifflet (pour appeler au secours)
miroir (pour être identifié en cas de coup dur)
carte topo (prendre le minimum nécessaire, j’avais des photocopies en taille réduite)
1 stylo pour prendre des notes au verso du topo
des pastilles micropur pour purifier l’eau de source
20 barres céréales (2 / jour)
Le sac ne dépassait pas 5kg avec l’eau (le poids est l’ennemi du coureur)

J’avais très peu de fringues de rechange. Quand c’était trop sale, je les lavait et les faisait sécher accrochées sur le sac avec les épingles. Dans les refuges il ne fait pas froid, pas besoin de pull ou de polaire.

Récit
Le parcours que j’ai découpé en 10 étapes représente à peu près 60km quotidien pour 3.000 m D+.
Pour couvrir ces étapes, j’ai dut me lever chaque jour à 5h, cravacher sans relâche durant une douzaine d’heures pour arriver avant 19h au refuge du soir. Là, je pouvais disposer, d’un repas chaud, d’une douche parfois, et d’un lit. Mon équipement volontairement réduit me rendait dépendant des gîtes et refuges. Point de tente, ni sac de couchage.

La pire étape est sans conteste la dernière, à la fin de laquelle je me suis égaré devant parcourir 10km supplémentaire sur la route, à la fin de laquelle toutes mes douleurs se sont réveillées sans que je ne puisse plus rien faire contre elles, me contraignant à finir en marchant et boitant dans la traversée de Nice jusqu’à la mer. A ce moment là, la tête et le corps n’en pouvait réellement plus. Trop, c’était trop, j’étais allé jusqu’au bout du voyage, jusqu’au bout de moi-même.

La plus belle étape est celle qui m’a fait gravir le col de Crousette au petit matin. Un panorama grandiose à 360° , une immensité belle et sauvage, la dureté de la vie humaine, l’omniprésence du loup, une beauté reçue comme une claque, suivie par un état de grâce jamais vécu : courir sans douleur ni fatigue, sans froid ni chaleur, sans tristesse ni joie. Un moment inoubliable.

Cette GTA est maintenant terminée mais restera à jamais dans ma mémoire. Mes douleurs commencent à disparaître, mais ma tête restera chargée d’images et d’émotions.

Les 10 étapes du 26 juillet au 4 août 2011 :
Les distances indiquées correspondent au résultat de calcul effectué sur des fonds de carte. Ne tenant pas forcément compte des multiples petits virages et lacets de montagne, ces kilométrages peuvent être facilement augmentés de 15% à 20% pour s’approcher de la réalité.
N’ayant pas souhaité m’encombrer d’un GPS, je n’ai pas eu l’occasion d’enregistrer les distances, ni les dénivelés réels.

Jour 1 : 52km, 3600mD+, Saint-Gingolph –> col de la Golèse
J’ai dormi dans un hôtel proche de St-Gingolph et je me réveille à 6h. Mon plateau petit-dej est prêt dans ma chambre depuis hier soir car j’ai prévu de partir avant l’horaire normal de l’hôtel.
Mise en route (c’est le cas de le dire) avec 3km de goudron jusqu’à St-Gingolph où commence le GR5.

Je ne rencontre personne jusqu’aux Chalets de Bise.
Le chemin est très humide et boueux, le ciel est couvert, il fait frais.
La pluie est soutenue pendant 2h du col de Bassachaux jusqu’à Chaux Palin où je tombe sur une centaine de jeunes italiens randonneurs tout crottés et très bruyants.
Je stresse depuis le départ pour arriver avant 19 h au refuge, heure du service du repas. J’arrive au refuge à 18h20.
Nettoyage, bière, repas (bon gratin dauphinois).
Pas de bobo à signaler sauf des échauffements sous les bras.
Je discute avec un couple de randonneurs qui font la GTA dans le sens inverse au mien. Ils font la GTA en 6 semaines et ils leur reste encore 3 étapes (ce que je viens de faire en 1 étape).
J’occupe un dortoir de 12 pour moi tout seul.
Etant donné le temps nécessaire pour couvrir les distances quotidiennes, je décide de me lever dorénavant chaque jour à 5h. J’espère ainsi pouvoir parvenir au refuge avant 19h, horaire fatidique pour participer au seul service du repas du soir.

Jour 2 : 53km, 3130mD+, col de la Golèse –> vol de Voza
Je quitte le refuge de la Golèze à 6h. J’espère qu’en partant si tôt je n’arriverai pas trop tard au col de Voza, mais mes estimations concernant les horaires de passage s’avèrent fausses. Avec la pluie et le mauvais temps, ainsi que les difficultés du parcours, en particulier la montée très longue au col d’Anterne, puis le Brévent très minéral, j’arrive à 18h45 au refuge du Fioux (20mn après le col de Voza).

Je suis le seul client. Bel accueil, douche chaude, bon repas, bière Mont-Blanc au Génépi. Je n’ai rencontré quasiment personne sur les chemins aujourd’hui. Mauvais temps oblige.

Jour 3 : 50km, 2470mD+, col de Voza –> Valezan
Le temps est pourri.
Le GR traverse quelques villages sympa jusqu’aux Contamines.
J’effectue la montée du col du Bonhomme sous la pluie et le frais. Je dépasse plusieurs groupes de randonneurs, certains équipés de sur-pantalon de pluie, guêtres, goretex, poncho, alors que je suis en short et manches courtes.
J’arrive au refuge du Bonhomme à 10h30 et j’emprunte ensuite le très beau sentier de la crête des Gîtes.

Je mange mon sandwich à 12h au Plan de la Lai.
Puis, je monte difficilement au col du Bresson, sous la pluie, le vent et le froid.
Dommage, je ne vois pas la Pierra Menta qui est cachée par les nuages.
Arrivée claudicante à Valezan à 18h. Belle auberge, je partage le dortoir avec un randonneur. Il me dit avoir rencontré sur le chemin un coureur qui lui aurait dit participer à une course partant du nord de l’Autriche et se terminant à Menton. Il serait 2ème. Après prise d’info, il s’agit de la RedBull Xalps, course mixant parapente et course à pied.
Ce randonneur est impressionné par mon parcours et mes étapes, mais je relativise : je lui fais remarquer que je ne connais pas beaucoup de jeunes de son âge (24 ans) qui partent randonner seuls en montagne pendant 5 jours. Ce qu’il fait est impressionnant et courageux également. Comme je trouve impressionnant ce que font ces coureurs de la Xalps. On trouve toujours plus fou que soi.

Jour 4 : 53km, 3320mD+, Valezan –> refuge de l’Arpont
Le jour se lève à peine quand je quite Valezan. Je commence par une grosse descente en fond de vallée puis une montée énorme jusqu’au col du Palet, soit 2000m de dénivelé positif.
C’est la première journée sans pluie, ça fait du bien. Je peux admirer le paysage et les montagnes environnantes.

J’arrive à Tignes à 12h00 où je croise des skieurs qui descendent du funiculaire. Deux mondes se croisent.
Je rencontre mon beauf Fred, et mes petits cousins Tom et Juliette au col de la Leisse. Ils passent quelques jours de vacances à Tignes et sont venus m’encourager sur le parcours. Ca fait plaisir. J’en profite pour casse-crouter en leur compagnie.
Je passe au refuge d’Entre-Deux-Eaux mais je me rends compte que j’aurais dut tourner plus tôt pour me rendre au refuge d’Arpont. Ca m’aurait évité quelques km et pas mal de dénivelé.
La dernière montée vers le refuge d’Arpont est sévère, mais les paysages sont magnifiques, en pleine Vanoise sauvage, au pied des glaciers. Je vois de très nombreux bouquetins. Je presse le pas et m’active pour essayer d’arriver au refuge avant 19h.

J’y parviens à 18h45, c’était vraiment juste mais c’est passé, j’ai juste le temps de me mettre à table, en tenue de course et en sueur.
Ici, beaucoup de gens dans le refuge quasiment plein. Un vrai et magnifique refuge comme j’aime. Un refuge à l’ancienne, en pierre et en bois, dans un cadre magnifique.

Jour 5 : 48km, 2350mD+, refuge de l’Arpont –> les Granges de la Vallée Etroite
Comme d’hab, réveil à 5h, petit-dej préparé la veille, puis départ à 5h45 au lever du jour. Je vois beaucoup de chamois qui cherchent l’herbe et le soleil pour se réchauffer. Le lever du soleil est magnifique.
Je passe à proximité d’un troupeau de moutons gardés par 2 patous qui m’aboient mais me laissent passer.
J’avais planifié d’utiliser une variante pour éviter une boucle du GR, mais une erreur d’aiguillage m’amènera directement à Aussois comme attiré par une force mystérieuse. Et je suis envahi de souvenirs et d’émotions car en été 1976, adolescent, je randonnais ici avec mes parents. Je sens mon père tout proche derrière moi, il est là, je le vois, je l’ai retrouvé. Je suis sous le choc.
J’arrive finalement à Modane un peu plus tôt que prévu à 11h30. Je m’autorise à faire une pause à une terrasse de café où je déguste un coca pour me remettre de mes émotions.
A la sortie de Modane le balisage est très mauvais. Je me trompe et me retrouve à l’entrée du tunnel de Fréjus avec le flot des voitures de touristes qui font la queue. Demi-tour, 30 minutes de perdues.

La montée par Valfréjus est agréable, les environs du mont Thabor magnifiques.
Une fois le col de la Vallée Etroite franchi, le paysage et le climat changent radicalement. Je quitte les Alpes du Nord pour rejoindre celles du Sud. La différence est flagrante autant par la végétation que par les gens. Je croise plusieurs groupes de personnes qui parlent italien. Je suis tout proche de la frontière.
La descente vers les Granges de Vallées Etroite est splendide, de l’herbe verte et de jolis pins. On aurait envie de s’allonger mais point de répit pour moi, à fond à fond.
J’arrive à 16h30 au refuge Tri Alpini, assoiffé, sans une seule goutte d’eau. Cette arrivée précoce me permet de faire une petite lessive, me doucher et boire une bière au soleil. Le top.
Même si le hameau est en France, le refuge est italien et gardé par des italiens, résultat du partage des frontières.
Je déguste un excellent repas (polenta bien sûr) avec un couple de randonneurs passionnés de montagne. Le monsieur âgé de 77 ans, a déjà parcouru beaucoup de montagnes en France et à l’étranger (Himalaya) mais son plus gros regret est de ne jamais avoir fait l’ascension du Mont-Blanc. Il ne se sent plus capable de le faire. Je tente de le rassurer et de le pousser à le faire. J’utilise le périple que je suis en train de réaliser pour lui prouver qu’on doit tenter des petites folies et qu’il n’y a pas d’âge pour ça. Ses yeux s’illuminent…
Je dors seul dans un vaste dortoir, tranquille.

Jour 6 : 55km, 2780mD+, les Granges de la Vallée Etroite –> Brunissard
Je quitte Tri Alpini peu avant 6h par une belle montée vers le col des Thures. Le jour qui se lève arrose les montagnes d’une belle lumière douce orangée.
Au niveau de la Chapelle des Ames je me plante de chemin et vais me perdre du côté de Névache. C’est beau mais ce n’est pas du tout la bonne direction. Un coup d’œil sur ma carte me permet de reprendre le bon chemin. Résultat : 2 km en trop.
La montée au col de Dormillouse est magnifique, très sauvage. Le vallon de l’Opon est très beau et offre un panorama splendide.

Puis je croise quelques randonneurs ce qui dénote la présence d’une zone habitée à proximité. Il s’agit de Montgenévre, station touristique, à la sortie de la quelle le GR disparaît. Je continue sur un chemin en croyant être le bon, mais il n’en est rien. Je parcours ainsi 6 ou 7km en trop et ça m’énerve.
Le GR5 traverse ensuite Briançon. Une traversée touristique qui me fait visiter les fortifications de Vauban, la veille ville, la gare d’eau… c’est beau mais je m’en serais bien passé, je ne suis pas d’humeur à visiter les vieilles pierres.
La chaleur est pesante et je ressens un gros coup de mou dans la montée vers le chalet des Ayes, Aie Aie Aie.
Une pause s’impose. Je mange quelques noix de cajoux et repart rapidement, le temps presse pour arriver au gite avant 19h.
Arrivés aux chalets d’Ayes, l’orage éclate. Mais le tonnerre et la grêle ne me stoppent pas. Sous mon poncho je continue en direction du col que j’aperçois au loin accompagné du bleu du ciel. Là bas l’orage disparaît.
Arrivé au col des Ayes une pancarte indique Brunissard à 1h30 ce qui me fait sauter de joie : j’arriverai avant 19h, car j’ai l’habitude de réduire les durées de moitié.
J’arrive au gîte « Les Bons Enfants » de Brunissard à 18h45. Just in time !
Je recommande ce gîte pour son accueil, son histoire et son authenticité.

Jour 7 : 57km, 3310mD+, Brunissard –> Larche
Un début de parcours vallonné m’amène à Château-Queyras, beau petit village perché et fortifié.
Plus loin, dans la rude montée vers le col Fromage, un de mes bâtons casse. En fait, il s’agit d’une entretoise qui s’est dessoudée. Je réalise une réparation de fortune à l’aide d’un morceau de mélèze taillé et inséré entre les 2 tubes du bâton.

Cette réparation semble résister mais un peu plus tard, le second bâton montre des signes de fatigues similaires. Ne pouvant pas continuer sans une paire de bâton correcte, je décide d’en acheter une nouvelle paire. Chose que je fais à Ceillac où j’ai la chance de trouver un magasin de sport. Ceillac est un magnifique village, bien fourni en touristes, proposant de multiples activités de montagnes.
La montée vers le Lac Miroir est parsemée de randonneurs. C’est un lieu qui attire les promeneurs. Il est midi. Je mange mon sandwich au bord du lac puis continue par le lac Ste Anne au col Girardin.

S’ensuit une grande descente vers La Barge, puis après avoir traversé le magnifique pont romain du Chatelet, remonte à Fouillouse. C’est un beau et typique village.
Entre le col Vallonet et le col de Mallemort, je suis surpris par les fortifications, souvent perchées sur des hauts pics. Une somme de travail démentielle a dut être nécessaire pour construire ces bâtiments dans des endroits aussi inhospitaliers. Un travail souvent inutile car de nombreux forts de la région n’ont servis strictement à rien…
Je parviens au gite « Le Refuge » de Larche à 18h45 au terme d’une journée menée tambour bâtant. Comme chaque jour d’ailleurs.

Jour 8 : 48km, 2580mD+, Larche –> Roya
La montée au Pas de la Cavale est très pénible, je n’ai pas la forme, pas de jambe.
La forme revient finalement dans le col de la Colombière.

J’arrive à St –Dalmas à 12h30. La gardienne du gite de Larche ayant oublié de me préparer un sandwich, je m’arrête dans un resto de St-Dalmas où je commande des lasagnes + coca. 20mn auront suffit pour manger, pas de temps de perdu.
La chaleur est pénible dans le col d’Annelle.
Le bourg de St-Etienne de Tinée ne présente pas grand intérêt. A cours d’eau et après avoir 3 fois rencontré des fontaines non potables, je décide de demander de l’eau au café de la place. Le patron sourit et me dit que l’eau qu’il sert est la même que celle des fontaines, et se lâche un peu sur le sujet : « c’est la faute à l’Europe ! ils ont changés les normes et depuis on ne peut plus boire notre eau ! Si de Gaulles était encore là, il flouterait tout ça en l’air ! ça fait 40 ans que je sers cette eau à mes clients et personne n’en est mort. Ils veulent me l’interdire mais ils n’y arriveront pas ! je suis même passé aux informations nationales ! …. »
La montée sur Auron est super raide, une multitude de petits lacets interminables que je n’avais pas identifiés sur la carte, encore des kilomètres que je n’avais pas prévus.
Auron est une station remplie de touristes avec golf, piscines, tennis, vtt, … Comme dans beaucoup de villages, les balises du GR sont introuvables. Je m’égare donc quelque peu avant de retrouver le chemin à la sortie de la station.
Je quitte ce village en essayant d’éviter les VTT qui descendent le même chemin que moi, étrange comme pratique. Ensuite, la montée au col du Blainon est plutôt agréable. S’ensuit une belle descente vers Roya, parmi en paysage splendide, parsemé de chalets et fermes abandonnées. Les plantes méditerranéennes envahissent l’atmosphère de leur parfum, thym, laurier, lavande.

J’arrive à 18h30 au gîte « l’ancienne Ecole » de Roya, joli hameau. Le gîte est superbe, tenu par le patron Jean-Luc et sa compagne Québecoise. L’accueil est parfait. Ce soir, pour la première fois de l’été ici, on mange en terrasse. Je retrouve à table, 4 randonneurs que j’avais doublés dans la montée du dernier col.
Je dormirai dans un dortoir pour moi tout seul et je prépare mes 2 étapes restantes ; je décide de raccourcir l’étape de demain car les 70 km initiaux seraient trop difficile, et donc de rallonger la dernière étape.
Je trouve difficilement un hébergement dans un hôtel à Valdeblore.

Jour 9 : 42km, 2850mD+, Roya –> St-Dalmas Valdebore
La montée vers le col de Crousette est simplement magnifique. Certainement les plus beaux moments de ma rando.
Une messe va être donnée dans une chapelle de montagne un peu plus tard dans la matinée, et plusieurs gens du village s’y rendent. Cet endroit est approprié à la méditation. Tout est calme, reposé. Je sens la religiosité de ces lieux.
Plus loin, dans la montée, je croise un vieux Patou qui descend sur le sentier. Il est gravement blessé, la patte arrière en sang. Il a dut se battre avec un loup pour protéger son troupeau durant la nuit. Il trouve encore un peu de force pour m’aboyer d’un ton grave. Je m’écarte du sentier pour le laisser passer en boitant. Il termine une vie de chien berger bien remplie, dure et impitoyable. Une carcasse de mouton, plus haut, en témoigne.

Lorsque j’arrive au col de Crousette, je suis frappé par la beauté du panorama ; une vue à 360 degrés ; des montagnes à perte de vue. A ce moment, un aigle royal plane majestueusement juste au dessus de moi, comme pour me saluer et me souhaiter la bienvenue dans son domaine. Magique !

Un panorama grandiose à 360° , une immensité belle et sauvage, la dureté de la vie humaine, l’omniprésence du loup, une beauté reçue comme une claque, suivie par un état de grâce jamais vécu : courir sans douleur ni fatigue, sans froid ni chaleur, sans tristesse ni joie. Un moment inoubliable.

Le chemin qui me mène au refuge de Longon est superbe, traversant des paysages variés et chargés d’histoire, comme ces lieux cavernicoles au dessus du hameau de Vignols.
Puis je passe en bordure d’un troupeau de moutons contenus dans un enclos et gardé par 10 patous. Je suis admiratif face à l’organisation de ces chiens : un patou vient à ma rencontre pour me montrer que ce n’est pas une bonne idée de s’approcher de son troupeau ; 3 autres patous sont à l’intérieur de l’enclos et se chargent de maintenir le troupeau le plus loin possible de l’intrus (moi en l’occurrence) ; les autres patous sont disposés tout autour de l’enclos afin de surveiller toutes les directions.
Le chemin qui descend sur Roure est très agréable, parcourant de superbes endroits, traversés par de belles cascades.

Dans la vallée à St-Sauveur-de-Tinée, la chaleur se fait très pesante.
Etant donné le faible kilométrage de la journée, j’arrive à l’hôtel de Valdeblore (La Bolline) à 16h. C’est sympa d’arriver tôt. Chambre « La Montagne » décorée type refuge, superbe. Je m’offre une bonne bière en terrasse ombragée sous les tilleuls (2 bières, en fait).

Jour 10 : 70km, 1930mD+, St-Dalmas Valdeblore –> Nice
Je quitte Valdeblore à 5h45 et parviens aux Granges de la Brasque à 9h. Lorsque je préparais mon périple, j’avais envisagé de faire escale ici mais je n’avais trouvé aucun hébergement.

Seule une ancienne colonie de vacances désaffectée et plusieurs petits chalets occupés par des familles en vacances. Je trouve quand même à la sortie, un petit chalet ouvert afin de permettre d’héberger le randonneur égaré. Ce sera pour une prochaine fois.
Le passage au Brec d’Utelle est très beau et très sauvage. Je ne m’attendais pas à rencontrer des parties aussi montagneuses à cet endroit.
J’arrive à Utelle à 12h. Charmant petit village perché. Je me pose 10mn en terrasse et commande un inévitable Pan Bagnat + Coca.

A partir de Leveur (où je m’égare faute de balisage) le chemin est beaucoup moins intéressant. On sent qu’on approche de la côte et du monde, la montagne disparait petit à petit.
Je perds le GR à Aspremont mais continue le cap. Je retrouve les balises blanche et rouge à la sortie du village, mais ce n’est pas le bon GR. Celui-là m’amène à Colomars ce qui n’est pas du tout la bonne direction. Quand je m’en aperçois il est bien trop tard pour rebrousser chemin et j’entame dans la colère et la rage une dizaine de kilomètres par la route pour retrouver le GR au dessus de Nice. Dans cette portion routeuse qui monte et qui descend, je n’en peux plus, le moral est en berne, toutes les douleurs se réveillent. Le pire moment de ces 10 jours. Je suis si près du but, et l’objectif s’éloigne, insaisissable, comme si me petite étoile m’abandonnait. Je perds pied… mais tiens bon.
La traversée de Nice est un calvaire. Je ne parviens plus à courir, je boitte jusqu’à la mer. Toutes mes douleurs de ces 10 jours se manifestent comme autant rappels à la dure réalité : tendinites, douleurs musculaires, releveur gauche…. Il est 21h quand finalement je trempe les pieds dans cette eau que j’ai tant désirée. Cette eau salée qui lave le sel de ma sueur. J’ai l’étrange impression que je n’aurais pas put faire 1m de plus.
L’arrivée à été tellement difficile que je ressens assez peu d’émotion et de joie, surtout un immense soulagement, une impression d’accomplissement, un apaisement. Maintenant, je peux arrêter de cravacher, la course est finie.
Je reste allongé sur les galets plusieurs minutes afin de reprendre mes esprits et profiter de ces instants étranges. C’est fini…

monte le son …

 

Mes étapes sur Openrunner (les 2 dernières ont été adaptées) : http://jlg61.blogspot.ch/2011/07/gta-off-course.html